Skip links

CHÂTEAU DE SERVIERES, ECHANGE 1

CHÂTEAU-DE-SERVIERES

Le CHÂTEAU DE SERVIERES a reçu de nombreux artistes étrangers, à plusieurs reprises des artistes Tunisiens, à savoir A. KRAIEM, R. KORAICHI, R. EL KAMEL ET |. JEMAIEL. Ce dernier nous a fait part de l’espoir que son exposition avait suscité chez de jeunes artistes de ses amis. Pendant près de deux ans, nous avons travaillé pour aboutir à “Echanges 1”. Nous mettons actuellement en œuvre “Echanges 2”, il s’agira pour quatre jeunes artistes Marseillais de séjourner et exposer en Tunisie en 1994,

Imed JEMAIEL qui fut l’intermédiaire entre le Château de Servières et les autres artistes donne sa vision de cette expérience collective.

Au commencement vient ce geste rudimentaire, immémorial, barrer une verticale. Une ligne altière recevant l’horizon s’appesantit. De cet acte profanatoire est née une croix, une affiche. Ici et maintenant, Servières tripartite se donne en croix. Quatre noms étayés par diverses techniques (Peinture, sculpture, Gravure, Installation) s’arrangent avec les cimaises immaculées. Si l’intersection s’annonce nulle, demeure la croisée, lieu des hybridations et des altérations.

Par ici, ça peint, ça étale, ça blanchit, ça sédimente, ça cimente, ça tripote, ça empâte, ça triture, ça colle, ça décolle, ça s’écaille, ça date, ça vieillit et ça jouit.

Peinture parmi les peintures, mur parmi les murs… Des évènements minuscules, diodes à cristal, morceaux de bois, fragments ne disant pas leurs noms rehaussent et perturbent le monochrome. Toiles et bois échangent leurs vertus, s’accommodent d’un crépi plus ou moins raboteux, confisquent des aspérités, des écailles, des demi-teintes pour en faire leurs confuses paroles.

Par là, ça sculpte, ça installe, ça construit, ça détruit, ça élance, ça trace, ça géométrise, ça répète, ça réfléchit, ça contraste, ça oppose, ça juxtapose, ça mesure et ça cadence.

Pilier parmi les piliers, socle sur socle, notre sculpture s’évanouit sous le principe même qui la fonde. Un modèle cubique peint en blanc reçoit des intensités linéaires, multiplié et légèrement désaxé, il s’offre au jeu puéril et combien grave de la combinatoire. Par moment survint un cube insolite vivifiant un œil engourdi par un réseau pensant. Des poupées tout-fait machine

S’accrochent ou se rangent quelque part pourvoyant l’atmosphère d’un coefficient surréaliste manifeste.

Là bas, ça installe, ça peint, ça repeint, ça baptise, ça mime, ça répète, ça récapitule, ça entache, ça déglutine, ça couvre, ça trame et ça rime.

Des seaux de peinture – à ne rien contenir ; des couvercles – à ne rien couvrir ; des pinceaux – à ne rien peindre s’essayent dans une nouvelle partition. Chaque élément peint, dessiné et annoté est ce nœud qui concorde avec les voisinages, qui se réconcilie avec les cimaises (voir le sol !).

Alors se désacommode-t-on volontiers du poncif des genres …

Ailleurs, ça grave, ça installe, ça photographie, ça photocopie, ça annote, ça griffonne, ça marque, ça démarque, ça crypte, ça grisaille, ça multiplie, ça simule, ça découpe, ça légende, ça figure et ça défigure.

La copie et l’original. Tout s’opère pour fragiliser l’hostilité qui les a toujours regroupés. A travers l’opération indéfiniment répétée de la photocopieuse, on se livre de bon gré à ce jeu magique où se donnent le Même et son Autre. Chaque simulacre répété, modifié puis rephotocopié augmente d’un cran le chevauchement des niveaux de représentation. Vient enfin une plaque gravée, baptiser notre personnage artiste. :

Détail
Détail
Imed Jemaiel, Gravure Photocopie Té-1-Ab6 ,1993
Imed Jemaiel, Gravure Photocopie Té-1-Ab6 ,1993

Partout, ça dit, ça redit, ça défait, ça refait, ça aspire, ça propose et ça interroge. IMED JEMAIEL octobre 1993

Notre personnage artiste, un rescapé d’une interminable entreprise photocopiante a reçu une panoplie de marquages. Se mouvant dans un espace qui l’accueille, le mesure et le définit, il recevra – ultime – étape – le baptême de la gravure.

Un jeu infinitésimal de gris, des morsures difficilement perceptibles, des découpages et des distributions à peine académiques, embrouillent l’espace où flotte notre personnage.

« De quel livre aurait-on pu arracher ces images ? » Quel texte ésotérique auraient-elles pu illustrer ? » répliqua en souriant un disciple de Gutenberg.