Il s’agit de suivre à la trace, l’écriture, pas celle calligraphiée qui a incontestablement fait ses preuves dans le champ de l’art, mais celle de tout un chacun; celle qu’on a appris à l’école et dont on a oublié qu’elle est signature et dessin .
Raturez, faites vaciller la droiture des lettres, n’hésitez pas à passer du texte à la texture et voilà qu’une population d’animalcules et de plantes exotiques, qui vont faire irruption devant vos yeux ébahis !
Mettez un peu d’or et ta toile-miniature est prête pour élargir le champ du possible.
Et voilà comment greffer ratures et gribouillis sur la leçon du maître, méticuleusement reproduite sur notre cahier d’écolier, nous mettra face à cette page-paysage où souffle l’air frais de la liberté.
Imed Jemaiel, Imed Jemaiel, Détail. Galerie septembre 2022
BIOGRAPHIE
Imed Jemaiel, artiste plasticien, né à Bizerte 1965,
enseigne à l’École des Beaux Arts de Tunis depuis 1992, vit et travaille à Tunis
Sur les bancs de l’école il a toujours préféré la fenêtre de la salle de classe au tableau noir jalousement gardé par le maitre. Après des études scientifiques et une petite halte à la faculté de médecine il passa un concours pour rejoindre l’Institut des Beaux-arts de Tunis en 1986.
Fortement imprégné par l’héritage dadaïste il n’a cessé de mettre à l’épreuve les stéréotypes d’un prétendu académise Ses deux premières expositions à la Galerie Du château de Servières à Marseille en 1992 et 1993 déconstruisent la technique séculière de la gravure pour la soumettre à un procès d’hybridation. Il en résulte un entremêlement de figures ,de traces, et de textures qui questionnent à nouveaux frais la notion d’espace plastique et son problématique rapport au temps .
La pratique de l’enseignement de l’art qu’il commença en 1992 à l’institut était l’occasion de s’adonner à d’incessantes expérimentations didactiques où l’instinct ludique ne cesse de composer avec les exigences théoriques. Il ne cessa de solliciter ses étudiants à puiser dans le réservoir des sensations, des images et des affects de leur prime enfance pour les investir dans leurs démarches créatrices. Ses trois expositions personnelles , « le dessous des ratures »(2014), « Maculée conception »(2016), et « Archipels d’encre »(2018), ne sont que les trois efflorescences d’une dette qu’il doit à l’enfant fouineur qu’il était ; un enfant aux aguets de tous les événements figuraux ou scripturaux qui vivent ou survivent à fleur de papier. Dans sa peinture, faune et flore éclosent entre ou à partir des interstices d’une écriture manuscrite qui sacrifie sa lisibilité au profit d’un monde promis mais jamais donné.
Peinture, dessin et gravure
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